Argatti au KALIF ROUEN
Luis Porquet : LES AFFICHES DE NORMANDIE 16-5-07
Argatti au Kalif
Espace alternatif par excellence, «Le Kalif» est, avant toute chose, fréquenté par des musiciens. A la fois lieu de répétition, d'enregistrement et de spectacle, cette multiple salle associative accueille actuellement les œuvres d'Argatti. Profondément liées à la musique contemporaine et aux artistes de jazz, elles y trouvent pleinement leur place.
Artiste abstrait, Argatti aime à se laisser guider par l'écoute assidue d'oeuvres contemporaines. Des grandes figures , du jazz (Sonny Rollins, John Coltrane, Thélonius Monk...) aux compositeurs les plus représentatifs des dernières décennies (Dutilleux, Berio, Steve Reich ou John Adams), il trouve force et inspiration dans les enregistrements qu'il utilise souvent en boucle. Tout récemment, Argatti a établi le contact avec une musicienne de référence, Betsie Jolas, dont les partitions de «Points d'aube», «Quatuor V» et «Stance» ont pleinement nourri sa peinture.
Espace associatif qui ne compte pas moins de 700 adhérents à Rouen et ses environs, «Le Kalif», qui est tout particulièrement ouvert à la musique et la création artistique, accueille, jusqu'au 20 mai, les peintures récentes d'Argatti. Ces oeuvres vont du très grand format («Off minor» ; «Expression») à des pièces plus confidentielles, plus intimistes, serions-nous tenté d'écriie. Très marqué par l'espace des grandes villes (Le Havre, Rouen, Nantes, Toulouse) où il a toujours vécu et travaillé, Argatti aime les lignes qui s'entrecroisent - verticales des immeubles, réseaux routiers ou ferroviaires - qu'il utilise dans une grande économie de couleur et de moyens, faisant naître des «- partitions » relativement inattendues.
Membre du bureau de l'UAP (Union des Arts Plastiques de Saint-Etienne-du-Rouvray), Argatti est un personnage attachant tout à fait à l'écoute de son temps et de ses soubresauts.
Le Kalif, 33, route de Darnétal, 76000 ROUEN (aux limites de Rouen et de Darnétal). A voir jusqu'au 20 mai.
Texte de Philippe TUAL PARIS NORMANDIE :
« MA seule drogue, c’est l'amour . La vie et l'amour de la vie. » Voilà comment Philippe Argentin explique cette silhouette qui n'avoue pas 62 années portées comme un charme. Né à Fécamp, élevé au Havre, c'est dans cette ville qu'il subira le choc culturel qui marquera à jamais sa vie de créateur.
« Mon père m'a emmené à la Maison de la culture. J'ai compris que l'accès à la culture devait être libre et gratuit. Le contraire d'une place à 100 euros pour un concert au Zénith. » Plus rien ne sera alors comme avant. « A l'école, je peignais pendant les cours. Voilà comment j'ai exposé en 1962, au salon d'automne, à la galerie Hamon. » Entre Soulages et Malevitch, Philippe Argentin cherche encore sa voie.
Son autre voix, il la trouve en s'accompagnant avec la guitare qu'il a lui-même fabriquée. « Je la branchais sur un poste de radio en guise d'ampli. On croisait Little Bob et son jeune groupe. Lui a continué. Moi, il était préférable que j'arrête. »
Durant tout le mois de mai, il s'installe au Kalif. Depuis le début de l'année, le studio où répètent 700 musiciens propose à ses adhérents des expositions. Celle-ci s'intitule Partitions II. La précédente série, Chaos, l'avait laissé assommé, épuisé, exténué. La filiation avec le peintre havrais Jean Dubuffet se devine encore dans ses toiles. « Il m'a offert un de ses livres, tiré à 30 exemplaires. Un jour, j'ai été contraint de le vendre. C'en ai tiré 10.000 francs. J'étais gêné de le faire mais Dubuffet m'a dit : vends- le, l'art ça sert à Aujourd'hui, Argatti - c'est son nom d'artiste - aligne des dizaines d'expositions et quelque 3.000 oeuvres personnelles : sculpture, sérigraphie, lithographie, eau-forte...
Son combat pour l'accès le plus large à la culture et donc à l'instruction, Philippe Argenti le défend au sein de l'association laïque Place publique.